Le château

Situé en Normandie, entre Rouen et la Côte d’Albâtre, au cœur du Pays de Caux, à quelques enjambées d’Auffay et de sa collégiale, le château de Bosmelet, bâti et 1632, est un magnifique témoin d’architecture Louis XIII classé Monument Historique.

Édifié sur les fondations d’une forteresse donnée par Henri VI d’Angleterre à son Lieutenant général Sir John Fastoff (passé à la postérité grâce au génie de Shakespeare, Verdi et Orson Welles sous les traits de Falstaff), le château de Bosmelet a été la demeure du duc de la Force, Gouverneur de Normandie et précepteur de Louis XV.

L’intérieur du château présente dans le vestibule, la salle du dais, le salon d’honneur, la chambre de l’archevêque et la bibliothèque, un ensemble de dessins de costumes d’opéra, de peintures et d’éléments de décors provenant de la collection Alain Germain, dont les costumes sont conservés au Département des Arts du Spectacle de la Bibliothèque nationale de France

Notes d’architecture

Le château, que l’on découvre aujourd’hui depuis la façade sud, mis en valeur par la chapelle et l’orangerie qui forment un premier plan, détache sa masse imposante sur le fond des tilleuls tricentenaires et du tapis vert. L’édifice, coiffé d’ardoises d’Angers, se compose d’un avant-corps, où la pierre domine, encadré par deux corps de logis en brique que prolongent deux pavillons proéminents qui forment les ailes. L’édifice est construit sur des caves en arches de brique et mur de soutènement en grès gris. L’élévation se fait sur deux niveaux au-dessus desquels est posé un toit percé de fenêtres et œil-de- bœuf. L’avant-corps se déploie sur trois travées et se signale par un rez-de- chaussée en pierre avec porte et fenêtres cintrées ; il est surmonté d’un étage avec pilastres jumelés en pierre blanche sur fond de brique, couronné par un fronton triangulaire au sud, en arc cintré au nord, sur la cour d’honneur. Les ailes qui l'encadrent, de deux travées, sont en briques roses sur lesquelles des briques noires vernissées dessinent un jeu de losanges enchâssés dans un appareillage en damier. Sur la façade d’honneur, les ailes sont agrémentées de niches sur fond de pierre blanche, formant deux courbes rejoignant les pavillons, et surmontées chacune de deux petits frontons triangulaires. Les pavillons qui couronnent l’ensemble, à deux travées, sont en briques roses agrémentées de briques vernissées sur les corniches du premier étage. En légère saillie côté sud, ils se déploient plus largement à l’opposé pour former des retours en équerre sur la façade d’honneur, et sont coiffés de frontons triangulaires ouverts chacun par un œil-de- bœuf faisant écho à celui qui se trouve au centre du fronton cintré.

Fronton de la façade d’honneur, détail

L’ensemble du château est percé, sur les deux niveaux, de grandes fenêtres ornées de clés saillantes, pour certaines sculptées de têtes ou de motifs végétaux. Les fenêtres comme les arêtes de l’édifice sont en chaînages harpés de pierre blanche répondant aux bandeaux transversaux qui structurent en les rehaussant tous les éléments et volumes des façades. Comme dans l’architecture de la place des Vosges à Paris, commencée sous Henri IV et inaugurée par Louis XIII, le château de Bosmelet est emblématique de la double tendance de l’architecture française de l’époque à jouer d’une part sur les effets de contrastes entre courbes, lignes droites et lignes brisées, entre couleurs et matériaux, et d’autre part sur une sévère régularité, peu ornementée, qui avait déjà été le propre du retour à l’antique de la Renaissance. Ce sont, au Bosmelet, la régularité, la symétrie et l’austère élégance qui prédominent, cependant tempérées par les jeux de dessins de dentelles des briques, des contrastes des couleurs, des formes et des matières, et des arabesques qui se déploient sur les deux frontons principaux aux tympans magnifiquement sculptés.

Vestibule du château, détail

L’intérieur du château est conçu depuis un plan de pièces en enfilades. On entre par un élégant vestibule, édifié dans l’axe central du tapis vert que l’on découvre intégralement depuis ses ouvertures percées en lanterne. Sobre et monumental, il est construit sur une parfaite symétrie, dans un style épuré faisant le lien entre l’esthétique de la Renaissance française et le classicisme, avec pilastres en stuc et niches en coquille. Une double porte fait passer à la « Salle du dais » où le duc de la Force recevait. C’est la plus grande pièce du château, ornée de boiseries et d’une cheminée de l’époque de Louis XIV. Elle abrite une série de grandes toiles peintes accrochées comme les tapisseries du XVII e siècle, provenant de l’exposition-spectacle d’Alain Germain, Les Origines de l’homme. De là, on passe au « Grand salon », ou « cabinet des dessins », pièce d’angle tendue de moire rouge et au sol revêtu d’un magnifique parquet d’Aremberg. Y est présentée une importante collection de dessins de costumes de scène d’Alain Germain provenant de diverses productions (Le Bourgeois gentilhomme, Platée, Le Médecin malgré lui, Le Malade imaginaire, Le Barbier de Séville, Il Tito, La Veuve joyeuse…). Sur le retour de l’aile ouest se trouvent la chambre dite « de l’Archevêque » et la bibliothèque aux parquets en point de Hongrie, toutes deux habillées de boiseries peintes du XVIIIe siècle.

Chambre de l’Archevêque
Bibliothèque

Le subtil équilibre architectural, la pureté esthétique ainsi que l’illustre passé du château valent au Bosmelet son classement en tant que « Monument historique » depuis 1946.


L’orangerie

Encadrant le mur de l’enceinte sur, de part et d’autre de la grille d’entrée, se dressent la chapelle du XVIIIe siècle, lieu d’expositions et de concerts, et l’orangerie de la fin du XVIe siècle, inscrites toutes deux aux Suppléments des Monuments Historiques.

Notes d’architecture

L’orangerie du XVIe siècle, transformée en manoir au XVIIe

Faisant face à la chapelle, l’ancienne orangerie est le plus ancien édifice du domaine. Bâtie à la fin du XVIe siècle, elle était destinée à conserver les plantes d’ornement dont les jardins se parent tout particulièrement depuis le retour des guerres d’Italie de François Ier. Construite comme le château en brique, pierre et ardoise d’Anger, elle est remaniée le siècle suivant en manoir pour le chapelain. Les grandes baies ouvertes font place à des murs percés de plus petites ouvertures. La façade principale cependant conserve les arches qui témoignent de son ancien état. L’intérieur, transformé en logis, contient dans la cuisine une belle cheminée du XVIe siècle, sculptée en gré gris, ainsi que, dans le salon, une cheminée Louis XV en pierre blanche.

L’orangerie vue depuis la chapelle

L’orangerie est destinée à devenir prochainement un lieu de résidence pour artistes.


La chapelle

Reliée à l’orangerie par le mur d’enceinte et la grille sud du parc, la chapelle actuelle a été construite en 1779 par la famille de Bosmelet sur les vestiges d’une antique chapelle dont on trouve trace dès le XIe siècle.

Notes d’architecture

La chapelle vue de l’orangerie

Sur sa façade principale est sculpté, en dessous d’une pierre qui indique le nom du constructeur (Gibert) et la date d’élévation du bâtiment, le blason arborant les armes de la famille : deux licornes portant un écusson sur lequel deux bras armés de cimeterres et trois besants d’or. Le XVIIIe siècle fait ici son ouvrage : les ouvertures, larges et sans vitraux colorés, privilégient la luminosité, et l’intérieur est d’une grande épure, avec une sobriété qui n’est pas sans rappeler que la famille de Bosmelet avait été janséniste. Une fois passée la petite porte agrémentée d’une majolique représentant une Vierge à l’enfant dans le style du fameux Andrea della Robbia, on entre dans une nef simple, surmontée d’un plafond (châtaigner d’Espagne) en carène de bateau renversée. Les boiseries, recouvrant en partie les murs de brique, encadrent un portique avec pilastres cannelés surmontés de chapiteaux corinthiens rehaussés d’or et de pots à feu. Une grille basse du XVIIIe siècle, finement ouvragée et portant l’initiale de la famille de Bosmelet, sépare la partie initialement réservée aux seigneurs du lieu de celle où devaient se tenir les personnes venues de l’extérieur. Le sol reprend la distinction des espaces, un appareillage de pierre en cabochon blanc et noir contrastant avec les carreaux de terre cuite rouge.

La chapelle est maintenant un espace dédié aux expositions ainsi qu’aux concerts.

Intérieur de la chapelle, avec sa grille ouvragée et son autel du XVIIIe siècle